La presse , avril 1998
Une étude démontre qu'il y a de plus en plus de gastroentérites, surtout chez les enfants...
Les buveurs d'eau du robinet contractent entre 14% et 19% plus de gastroentérites, un pourcentage pouvant atteindre 40% chez les enfants de 2 à 5 ans, même s'ils sont desservis par une usine moderne de traitement d'eau qui répond aux critères de qualité reconnus en Amérique du Nord.
C'est ce que révèle une étude menée dans la région de Montréal auprès de 1300 familles résidant dans une ville non identifié de la banlieue de la métropole en 1993-1994, par un microbiologiste de l'Institut Armand-Frappier.
Cette étude du Dr Pierre Payment, publiée en 1997, a confirmé les doutessoulevés par de nombreux scientifiques, ces dernières années, quant à la fiabilité des critères de contrôle de qualité de l'eau potable, utilisés tant au Québec qu'un peu partout dans le monde industrialisé.
Une étude précédente du même chercheur avait déjà indiqué que 35% des cas recensés de gastroentérites sont attribuables à une consommation d'eau provenant d'un réseau public de distribution.
Au moment où le ministère de l'Environnement et de la Faune du Québec (MEF) termine un processus de consultation sur la refonte de son Règlement sur l'eau potable, vieux de 1984 et généralement considéré comme désuet, de plus en plus d'études comme celles du Dr Payment, indiquent que des épidemies de maladies virales d'une grande ampleur peuvent être transmises par l'eau.
« Même s'il est frappant, précise le Dr Payment, le pourcentage des cas de gastroentérites qu'on peut attribuer directement à la consommation d'eau potable n'est pas l'élément le plus important. Ce qu'on réalise aujourd'hui, c'est qu'une usine de traitement ne peut pas tout éliminer. Elle agit comme un tamis. Mais comme dans tous les tamis, il y a des micro-particules qui peuvent se frayer un chemin jusqu'au réseau de distribution. »
C'est ce qui est arrivé en 1993 à Milwaukee, au Wisconsin, une ville desservie par une usine moderne de traitement d'eau, où une épidémie de grippe intestinale a frappé entre 300 000 et 400 000 personnes, un fait sans précédent. Une centaine de morts ont même été associées à l'épidémie, induit par un petit parasite transmis par l'eau, le cryptosporidium, très résistant ;a la chloration.
Pourtant, cette usine respectait la réglementation fédérale en vigueur, beaucoup plus sévère à l'époque que l'actuel Règlement sur l'eau potable au Québec.
Aux États-Unis, le choc a été colossal. L'affaire de Milwaukee a donné lieu à des centaines de nouvelles études et de recherches qui ont permis aux scientifiques d'apprendre énormément de choses sur les risques de contamination par le cryptosporidium ou par un parasite déjà connu de la même famille, le Giardia, tous deux présents dans les lacs et rivières du Québec.
Grâce à ces recherches, on sait aujourd'hui que les procédés de décantation et de filtrations utilisés dans les grandes usines de traitement d'eau permettent de réduire considérablement le risque de contamination de l'eau par ces parasites.
Or au Québec, une majorité des petites usines qui produisent de l'eau potable ne sont pas dotées d'équipements de filtration. La désinfection au chlore y est souvent le seul traitement entre l'eau puisée dans une rivière et le reseau qui la distribue dans les foyers.
Et les parasites incriminés à Milwaukee y résistent très bien.
« On sait qu'il existe un lien entre certaines maladies virales et la présence de micro-organismes comme le cryptosporidium et le Giardia, dit le Dr Payment, mais il n'existe pas de documentations assez précise pour nous permettre d'évaluer si des personnes sont malades à cause de cela. »
« Mais il est devenu évident que dans l'état actuel des choses, ajoute-t-il, nous parvenons à limiter les risques d'épidémie, pas à empêcher que des maladies se propagent par l'eau potable. »
Selon le Dr Payment, une meilleure qualité de l'eau brute qu'on puise dans les lacs et rivières pour alimenter les populations et la présence d'appareils de mesure de la turbidité à chaque sortie de filtre dans les usines d'épuration, suffiraient à réduire dans une proportion importante les risques de transmission de maladies pouvant être aussi sérieuse que l'hépatite A ou la méningite. « Mais il faut être conscient, dit-il, que le resserement des normes de qualité de l'eau potable va se traduire nécessairement par des coûts de modernisation importants dans les usines qui ne pourront plus les payer. Dans le contexte actuel, lorsqu'on parle de normes avec des politiciens, la première question qu'on se fait poser, c'est: combien ça va coûter? »
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