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Eau potable : la situation est préoccupante

Eau potableLa presse , mars 2000   

Pas moins de 600 avis préventifs ont été émis par les municipalités en 1999

   

   
    Les municipalités du Québec ont émis l'an dernier pas moins de 600 avis d'ébulition de l'eau potable pour prévenir les citoyens des risques de maladies d'origine hydrique, révèlent des statistiques du plus important regroupement d'entreprises et de professionnels de l'eau au Québec, le Réseaux Environnement.

    La situation est devenue assez préoccupante pour que ce réseau industriel privé lance un « programme d'excellence en eau potable » qui s'adresse surtout aux grandes municipalités, sans attendre la révision du règlement provincial sur la qualité de l'eau potable, dont les normes sont aujourd'hui dépassées dans la quasi-totalité des pays industrialisés de la planète.

   Le lancement de ce programme volontaire aura lieu demain, dans le cadre su salon des technologies environnementales que tient le Réseau Environnement à Saint-Hyacinthe. Un des premiers ateliers de la journée aura notamment pour thème
« le développement d'une culture québécoise de l'eau ».

   Selon le directeur régional du Réseau Environnement, Sylvain Laramé, le programme vise à favoriser l'émergence « d'une culture verte de l,eau potable», centrée sur des préoccupations de santé publique plutôt que sur des réductions de coûts. Les exigences du programme sont très élevées et forceront les villes participantes (du moins, c'est ce qu'on souhaite) à prendre conscience de leurs faiblesses autant que de leur forces à chacune des étapes et des procédés techniques utilisés pour produire de l'eau potable.

   « Le programme est la copie conforme de celui qu'a implanté aux États-Unis l'American Waterworks Association (AWA), une référence reconnue dans le monde, a expliqué M. Laramé. Tout ce qu'on a eu à faire, c'est de le traduire. Le programme est tellement exigeant qu'en cinq ans, et malgr. une participation de 200 municipalités, une seule ville (Burlington, au Vermont) a obtenu l'accréditation de l'AWA.»

   « Ce qu'on souhaite, admet M. Laramé, c'est de restaurer la confiance du public dans l'eau potable de leurs municipalités. En été, il y a multiplication des avis recommandant aux citoyens de faire bouillir l'eau du robinet. Ça peut contribuer à miner la confiance des gens. »

   M. Laramé cite aussi les études récentes du Dr. Pierre Payment de l'Institut Armand-Frappier, qui ont eévélé en 1997 et 1998 que plus du tiers des cas de gastroentérites, au Québec, sont dus à une contamination de l'eau potable, même dans des réseaux où tous les indicateurs de qualité répondaient aux normes québécoises. Le laboratoire du Dr Payment était le seul à faire des recherches de pointe sur la qualité microbienne de l'eau de consommation, avant de fermer ses portes récemment, faute de budget.

   Selon les données fournies à La Presse par Sylvain Laramé, directeur régional du Réseau, près des deux tiers des avis publics émis en 1999 provenaient des plus petites municipalités. En règle générale, celles-ci disposent de moyens limités pour produire une eau potable de qualité. Au moins 200 petits réseaux d'aqueducs, qui desservent 800 000 Québécois, ne font qu'un traitement de base au chlore et aucune filtration, avant de distribuer de l'eau à leurs résidants. Un resserrement du règlement provincial sur la qualité de l'eau obligerait celles-ci à investir 3/5 millions dans leur réseau, selon une estimation jamais démentie par le gouvernement, et rendue publique... en 1992 !

   C'est d'ailleurs pour cette raison que le gouvernement n'a pas donné suite aux recommandations répétées d'une grande majorité de professionnels (opérateurs municipaux et ingénieurs privés, entre autres) du milieu de l'eau. Il y a deux ans, presque jour pour jour, à l'ouverture de ce même Salon du Réseau Environnement, la rumeur a couru selon laquelle l'adoption des principes du nouveau règlement était imminente. La rumeur ne s'est toutefois pas confirmé.

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